Antonin Artaud: Un insurgé du corps


Antonin Artaud: Un insurgé du corps
Evelyne Grossman

" Là où d'autres proposent des œuvres je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit. La vie est de brûler des questions ", écrit en 1925 Antonin Artaud dans " L'Ombilic des Limbes ". Une dizaine d'années plus tard, son " Théâtre de la Cruauté " révolutionne la conception occidentale du théâtre : la littérature est un acte, martèle-t-il, la mise en jets de forces, l'inverse d'une consommation à distance. Lui, que les psychiatres qualifieront de schizophrène, luttera inlassablement contre la rupture entre les choses et les signes, entre l'art et la vie. Evelyne Grossman retrace ici la trajectoire d'Artaud depuis ses premiers poèmes surréalistes jusqu'aux textes fulgurants de la fin : ses expériences cinématographiques et théâtrales, ses voyages vers les anciens mythes du Mexique ou d'Irlande, les neuf années d'internement psychiatrique, sa furie d'écriture et de dessins jusqu'à sa mort en 1948. Au-delà de la légende du poète maudit, se dessine le corps-œuvre d'Artaud, cette " matérialisation corporelle et réelle d'un être intégral de poésie ".

Antonin Artaud : fin de l'ère chrétienne


Antonin Artaud : fin de l'ère chrétienne
Paule Thévenin

Si l'histoire du surréalisme ne peut pas être sans préjudice tout entière identifiée à André Breton, à qui peut-elle l'être alors dont on ne fait plus aucun cas chaque fois qu'on l'écrit ? Si surprenante que soit la réponse, et pour le surréalisme lui-même : à Antonin Artaud. De l'union des deux hommes eût pu naître un autre surréalisme, un surréalisme qui n'eût pas cédé sur l'excès qu'il était à l'origine. En même temps, cette union était impossible qui n'a duré en tout et pour tout que le temps d'un numéro de la revue La Révolution surréaliste, le n° 3, " Fin de l'ère chrétienne ", peut-être le plus beau. Les différends qui les opposaient étaient trop profonds. Qu'ils portent sur la possible/impossible politisation du mouvement, ce qu'on n'ignore pas. Ou qu'ils portent sur les deux points doctrinaux du surréalisme : l'automatisme et le rêve. De ces deux points et des conceptions à la fois semblables et différentes que s'en firent Breton et Artaud, se disputant moins sans doute le surréalisme qu'ils ne disputèrent de la fidélité de celui-ci à sa règle native, Paule Thévenin dispute à son tour, dans ce livre essentiel resté inédit, avec un scrupule de tous les instants qui lui ressemble et une connaissance à laquelle elle seule, éditrice des Œuvres complètes d'Artaud, pouvait prétendre.